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De Passeurs de memoire Ouffet
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==='''<big>S</big>'''ouvenirs de Paul Villers===
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Né le 05 novembre 1947, c’est à partir de l’âge de 3 ans que j’ai vécu à Ouffet cette période de conflit dont j’ai gardé quelques souvenirs.
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====Exécution du collabo Franck====
Je me souviens de la journée de l’exécution de la "famille  (père, mère et fille)" selon  le livre de Laure DEMARCHE car la rumeur répandue avait créé une atmosphère lourde par crainte de représailles. Frank était un ancien gendarme.
====Enlèvement des cloches en juillet 1943====
J’y ai assisté par hasard car je me trouvais près de l’église devant laquelle se trouvait un camion de l’armée allemande surveillé par un soldat le fusil porté à la hanche.
====Massacre de Hody====
Le 6 septembre 1944, étant  avec mon père au jardin surélevé par rapport à la route, j’ai vu passer la file de side-cards SS chacun armé d’une mitrailleuse. Des têtes de tueurs. Je n’ai jamais oublié !<br>Leur objectif était une action de représailles provoquée par l’élimination d’un officier allemand.<br>Bilan sinistre, 17 victimes civiles et 36 maisons incendiées. Peu après, papa et moi sonmes allés (à pied) voir le village ravagé.
====Garde des pylônes====
Pour contrer la destruction par la résistance des pylônes électriques, l’autorité d’occupation organisait une garde nocturne prestée par des citoyens-otages.<br>Mon père y avait été convoqué et devait assumer cette charge à un endroit du bois d'Odeigne. Nous lui portions alors la nourriture placée dans notre chariot de jeu que nous remplissions ensuite de "cayèt d'bwès" qui étaient utilisés pour allumer le poêle familial.
====Travail obligatoire (werbestelle = Service de travail obligatoire)====
En octobre 1942, une décision allemande instaure, exige, le recrutement de travailleurs belges et du Nord de la France pour combler le vide provoqué par la mobilisation de soldats allemands supplémentaires pour le front de l'Est.<br>Un dimanche, circule la rumeur du passage d’un camion ayant sans doute comme objet leur capture. J’entends encore l’expression : "On ramasse les hommes" ! Alors, mon père et son frère Paul  se sont précipités au grenier au-dessus duquel se trouvait une trappe dissimulée permettant d’atteindre l’espace sous la toiture.
==== Chutes d’un V1 (Vergeltung Waffen = arme de représailles)  et d’un avion de chasse====
Le 29 décembre 1944, j’étais dans le jardin avec mon compagnon de jeu Albert MARCOURT lorsque nous avons observé un engin bruyant qui tournoyait au-dessus de nous, puis devenait silencieux. Maman s’est accourue et nous a trainé vers la cave. S’en est suivi une forte explosion provoquée par la chute de la "bombe volante" derrière la ferme Marcourt à environ 200 m de chez nous provoquant le bris des fenêtres environnantes dont celles de l’église. Elles seront remplacées par des vitraux offerts par des familles locales.<br>C’est peut-être à la suite de cet évènement que nos parents ont décidé de placer des matelas à la cave transformée ainsi en dortoir !<br>La photo prise par Mr REGINSTER  devant l’avion de chasse américain  Thunderbolt (coup de tonnerre)  qui s’est écrasé le 27 septembre 1944 au bois du Pierreux est la seule qui rassemble presque l’entièreté des familles Reginster et Villers. 
====Anecdotes====
Un soir, la nouvelle s’est répandue du stationnement Rue du Perron, d’un camion à bord duquel des hommes armés, des résistants, distribuaient du lait à la population munie de cruches ou seaux. J’ai vu cette distribution, gratuite, évidemment.<br>Revenant un soir à vélo de chez un oncle fermier qui nous procurait du beurre, j’ai été arrêté par un groupe armé qui fouillait les sacs. Parmi eux, j'ai cru reconnaître un ancien élève de mon père ce qui me garantissait un sauf- conduit immédiat...
====L’offensive VON RUNDSTEDT====
Du haut de mon jardin-observatoire, j’ai vu un jour un officier allemand descendre de son véhicule pinceau en main, écrire à grands traits sur le mur de la ferme Marcourt l’inscription flèchée "Werbomont 22 Km ", signe d’une retraite que je ne devinais évidemment pas.<br>Cette ultime offensive allemande fut stoppée aux environs de Werbomont. Nous entendions le bruit des tirs d’artillerie et observions les éclairs lumineux qui les accompagnaient.<br>Mes parents nous ont alors créé un nouveau dortoir dans une classe de l’école.<br>Le jeudi 7 septembre 1944, les libérateurs américains sont arrivés et j’étais parmi la foule d’ouffetois qui les accueillait dans une explosion de joie.<br>Un certain nombre est resté au village pendant plusieurs semaines. Dans notre quartier, ils occupaient en nombre les maisons Reginster, Villers et le café Marcourt.<br>Chez nous, ils occupaient le grenier et cuisinaient dans la pelouse extérieure. J’ai ainsi fait connaissance du chewing-gum et du chocolat qu’ils nous offraient à condition d’entamer la chanson "Vive les américains vive la Belgique" <br>Par la fenêtre, j’ai observé un groupe de soldats en ligne armés de fusils pointant vers un congénère désarmé collé au mur en face de notre propriété. Je suppose qu’il s’agissait d’un exercice car l’officier n’a pas donné l’ordre de tir.
====La libération et la suite====
Très personnel. Le 8 mai 1945, à l’annonce de la capitulation de l’Allemagne, j’ai parcouru le village sur mon petit vélo rouge en tendant un bras vers le haut avec deux doigts tendus imitant la lettre V.<br> L’histoire de ce petit vélo est bien significative  des restrictions vécues pendant la période de guerre. Il a d’abord appartenu à mon cousin Claude qui habitait Bruxelles.<br>Chez nous, il a servi successivement d’apprentissage à la conduite vélo aux trois frères puis a continué sa mission dans la famille d’un oncle qui comptait 4 garçons !<br>J'ai aussi accompagné mon père qui se rendait à la gare du tram au-dessus de la Rue Sauvenière pour y accueillir les hommes rentrant des camps de prisonniers. Certains ont, par après, été visités à domicile.<br>Le curé DEHALLEUX, ayant fait installer un grand hangar d’origine  militaire dans la cour de récréation de l’école libre, a "ordonné" aux garçons Reginster et Villers de venir y travailler, c-à-d redresser des clous à l’aide d’un marteau. Tâche exaltante pour de jeunes adolescents !!!

Version du 28 avril 2026 à 09:20

Souvenirs de Paul Villers


Né le 05 novembre 1947, c’est à partir de l’âge de 3 ans que j’ai vécu à Ouffet cette période de conflit dont j’ai gardé quelques souvenirs.

Exécution du collabo Franck

Je me souviens de la journée de l’exécution de la "famille (père, mère et fille)" selon le livre de Laure DEMARCHE car la rumeur répandue avait créé une atmosphère lourde par crainte de représailles. Frank était un ancien gendarme.

Enlèvement des cloches en juillet 1943

J’y ai assisté par hasard car je me trouvais près de l’église devant laquelle se trouvait un camion de l’armée allemande surveillé par un soldat le fusil porté à la hanche.

Massacre de Hody

Le 6 septembre 1944, étant avec mon père au jardin surélevé par rapport à la route, j’ai vu passer la file de side-cards SS chacun armé d’une mitrailleuse. Des têtes de tueurs. Je n’ai jamais oublié !
Leur objectif était une action de représailles provoquée par l’élimination d’un officier allemand.
Bilan sinistre, 17 victimes civiles et 36 maisons incendiées. Peu après, papa et moi sonmes allés (à pied) voir le village ravagé.

Garde des pylônes

Pour contrer la destruction par la résistance des pylônes électriques, l’autorité d’occupation organisait une garde nocturne prestée par des citoyens-otages.
Mon père y avait été convoqué et devait assumer cette charge à un endroit du bois d'Odeigne. Nous lui portions alors la nourriture placée dans notre chariot de jeu que nous remplissions ensuite de "cayèt d'bwès" qui étaient utilisés pour allumer le poêle familial.

Travail obligatoire (werbestelle = Service de travail obligatoire)

En octobre 1942, une décision allemande instaure, exige, le recrutement de travailleurs belges et du Nord de la France pour combler le vide provoqué par la mobilisation de soldats allemands supplémentaires pour le front de l'Est.
Un dimanche, circule la rumeur du passage d’un camion ayant sans doute comme objet leur capture. J’entends encore l’expression : "On ramasse les hommes" ! Alors, mon père et son frère Paul se sont précipités au grenier au-dessus duquel se trouvait une trappe dissimulée permettant d’atteindre l’espace sous la toiture.

Chutes d’un V1 (Vergeltung Waffen = arme de représailles) et d’un avion de chasse

Le 29 décembre 1944, j’étais dans le jardin avec mon compagnon de jeu Albert MARCOURT lorsque nous avons observé un engin bruyant qui tournoyait au-dessus de nous, puis devenait silencieux. Maman s’est accourue et nous a trainé vers la cave. S’en est suivi une forte explosion provoquée par la chute de la "bombe volante" derrière la ferme Marcourt à environ 200 m de chez nous provoquant le bris des fenêtres environnantes dont celles de l’église. Elles seront remplacées par des vitraux offerts par des familles locales.
C’est peut-être à la suite de cet évènement que nos parents ont décidé de placer des matelas à la cave transformée ainsi en dortoir !
La photo prise par Mr REGINSTER devant l’avion de chasse américain Thunderbolt (coup de tonnerre) qui s’est écrasé le 27 septembre 1944 au bois du Pierreux est la seule qui rassemble presque l’entièreté des familles Reginster et Villers.

Anecdotes

Un soir, la nouvelle s’est répandue du stationnement Rue du Perron, d’un camion à bord duquel des hommes armés, des résistants, distribuaient du lait à la population munie de cruches ou seaux. J’ai vu cette distribution, gratuite, évidemment.
Revenant un soir à vélo de chez un oncle fermier qui nous procurait du beurre, j’ai été arrêté par un groupe armé qui fouillait les sacs. Parmi eux, j'ai cru reconnaître un ancien élève de mon père ce qui me garantissait un sauf- conduit immédiat...

L’offensive VON RUNDSTEDT

Du haut de mon jardin-observatoire, j’ai vu un jour un officier allemand descendre de son véhicule pinceau en main, écrire à grands traits sur le mur de la ferme Marcourt l’inscription flèchée "Werbomont 22 Km ", signe d’une retraite que je ne devinais évidemment pas.
Cette ultime offensive allemande fut stoppée aux environs de Werbomont. Nous entendions le bruit des tirs d’artillerie et observions les éclairs lumineux qui les accompagnaient.
Mes parents nous ont alors créé un nouveau dortoir dans une classe de l’école.
Le jeudi 7 septembre 1944, les libérateurs américains sont arrivés et j’étais parmi la foule d’ouffetois qui les accueillait dans une explosion de joie.
Un certain nombre est resté au village pendant plusieurs semaines. Dans notre quartier, ils occupaient en nombre les maisons Reginster, Villers et le café Marcourt.
Chez nous, ils occupaient le grenier et cuisinaient dans la pelouse extérieure. J’ai ainsi fait connaissance du chewing-gum et du chocolat qu’ils nous offraient à condition d’entamer la chanson "Vive les américains vive la Belgique"
Par la fenêtre, j’ai observé un groupe de soldats en ligne armés de fusils pointant vers un congénère désarmé collé au mur en face de notre propriété. Je suppose qu’il s’agissait d’un exercice car l’officier n’a pas donné l’ordre de tir.

La libération et la suite

Très personnel. Le 8 mai 1945, à l’annonce de la capitulation de l’Allemagne, j’ai parcouru le village sur mon petit vélo rouge en tendant un bras vers le haut avec deux doigts tendus imitant la lettre V.
L’histoire de ce petit vélo est bien significative des restrictions vécues pendant la période de guerre. Il a d’abord appartenu à mon cousin Claude qui habitait Bruxelles.
Chez nous, il a servi successivement d’apprentissage à la conduite vélo aux trois frères puis a continué sa mission dans la famille d’un oncle qui comptait 4 garçons !
J'ai aussi accompagné mon père qui se rendait à la gare du tram au-dessus de la Rue Sauvenière pour y accueillir les hommes rentrant des camps de prisonniers. Certains ont, par après, été visités à domicile.
Le curé DEHALLEUX, ayant fait installer un grand hangar d’origine militaire dans la cour de récréation de l’école libre, a "ordonné" aux garçons Reginster et Villers de venir y travailler, c-à-d redresser des clous à l’aide d’un marteau. Tâche exaltante pour de jeunes adolescents !!!